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BIENVENUE

Nous sommes un couple, la trentaine passée, amoureux de nature et d'aventure. En 2005-2006, nous avons chevauché notre tandem pour effectuer en autonomie complète, durant une année, une traversée du continent américain, de l'Alaska à la Terre de Feu. Nous avons 2 enfants maintenant et continuons à explorer notre belle planète simplement. Retrouvez nos anciennes vadrouilles sur www.tandaimenature.unblog.fr

 

Nous avons créé ce nouveau blog pour continuer à partager avec vous en images nos futurs périples à pied, à vélo et en famille, en France ou à l'étranger. Vous trouverez également sur ce blog les informations concernant nos diaporamas et nos publications (livre et articlesainsi que le suivi de notre projet pour 2012 et le lien avec des élèves du primaire et du secondaire…

Bon voyage!

 

Myriam Walter et Arnaud Dulieu

 

Pour nous contacter : tandaimenature05(arobase)voila.fr



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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 17:19

Nous publions un article dans la revue Carnets d'aventures n°30 (nov-déc-janv 2013) sur l'aventure à plusieurs.

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 16:28

Samedi 4 août, 6h30 du matin, nous nous réveillons et plions une dernière fois la tente avant d’enfourcher nos vélos pour faire les quelques kilomètres du camping au port.

9h30, le bateau quitte Cesme et la Turquie pour accoster en Grèce, sur l’île de Chios.

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Dimanche 5 août, 1h00 du matin, nous montons dans le ferry qui nous emmènera jusqu’au port du Pirée.

8h00, nous cherchons un bus qui nous mènera jusqu’à Patras. Il nous faut pédaler encore 15 km par 45°C jusqu’au centre d’Athènes pour trouver la gare de bus.

14H00, vélos et remorques chargés dans la soute, le bus démarre et nous conduit jusqu’à Patras.

 

Lundi 6 août, 0h30, le navire arrive au port de Patras et nous embarquons.

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Mardi 7 août, 10H30, nous débarquons à Venise en Italie.

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Mercredi 8 août, 11H00, nous montons notre barda dans le train qui filera jusqu’à Milan.

15H15, nous avons tout juste le temps de changer de quai et remontons les 3 vélos et les 2 remorques dans le second train qui nous mènera à Turin.

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17H10, retrouvailles avec les parents d’Arnaud. Les filles sont heureuses de retrouver leurs grands-parents.

22H00, arrivée à Montmaur dans les Hautes-Alpes, notre point de départ 6 mois plus tôt.

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Les doudous fatigués retrouvent leur maison

 

Nous avons rencontré des tas de paysages grandioses et de gens merveilleux sur nos 5400 km parcourus à vélo. Nous avons vécu tant de moments intenses en 184 jours de voyage et vu tant de ciel étoilé en autant de nuits passées dehors. Nous avons dormi sous la tente, sur des bancs, des sièges, par terre et maintenant nous retrouvons un lit avec un oreiller… Nous nous sommes lavés à l’eau froide, dans les rivières, avec un jerrican,  une bassine, une gamelle, un tuyau et désormais nous retrouvons une douche tiède… Nous avons mangé par terre dans les mêmes bols avec la même cuillère et aujourd’hui nous retrouvons une table, des chaises, un lave-vaisselle… Nous utilisions 3 tee-shirts et un short par personne, nous redécouvrons nos tas d’habits entreposés depuis février avec les combinaisons de ski. Nous retrouvons tout un monde laissé en suspens, notre monde. Il nous faudra désormais lentement se réadapter à une vie sédentaire.

 Nous croyions revenir tous en très bonne santé, mais les filles ont attrapé un virus et nous ne savons pas encore si cela se soignent… Elles viennent de passer leur première après-midi en France, assises sur la selle de leur petit vélo, à pédaler…Finalement, c'est un beau virus, non?

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Notre parcours maritime en bleu et terrestre en vert (traits continus=vélo, pointillés=bus, train...)

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 16:23

Je suis très contente d’avoir pu vivre cette aventure et surtout de la partager en famille avec ma fille, mon gendre et mes petites puces chéries, c’est un grand privilège j’en suis consciente. Avant de les rejoindre en Turquie, j’avais quelques doutes et questions je ne voulais en aucun cas perturber ou ralentir leur voyage.

J’ai vécu des moments exceptionnels comme les multiples rencontres touchantes d’un peuple accueillant, les campements sauvages dans des paysages grandioses ; comme vivre au rythme du pédalage en découvrant tous les jours d’autres lieux avec de nouvelles aventures et surtout, à chaque arrêt, mes petites filles sortant de la remorque qui courent vers moi  pour me faire un câlin.

Bien sûr, il y a aussi eu des moments d’épreuve : les montées sous le soleil brûlant, les grandes lignes droites avec un vent violent de face, et aussi le trafic intense sur certaines routes étroites où le bas côté n’existe pas où les camions et bus nous doublent de trop près sans ralentir. Les routes en Turquie ne sont pas toujours faciles en vélo, mais ce pays a beaucoup d’autres atouts, on peut facilement planter sa tente où l’on veut, même avec la difficulté de la langue on arrive toujours à communiquer parce les gens sont soucieux de votre bien être et veulent faire plaisir, au début j’étais un peu sur mes gardes mais je me suis vite sentie en confiance et à aucun moment je n’ai eu un sentiment d’insécurité.

 Voyager en vélo en autonomie complète permet de vivre simplement en se détachant des aspects matériels, au contact  permanent avec la nature, il y a des jours plus difficiles que d’autres, mais quel plaisir chaque matin de retrouver cet instinct de liberté et la soif de découvertes aux premiers coups de pédale. C’est le moyen et la façon que je préfère entre toutes sortes de voyages et, aussi longtemps que ma santé le permettra, je continuerais.  

Mon gendre préféré (j’en ai qu’un) a été super avec sa belle mère, rassurant, serviable, moqueur… avec ma fille et mes petites filles, je me suis sentie entourée et choyée.

En tout j’ai parcouru   1394 km avec 3 crevaisons et un record de 0 chute parce que dans mes voyages en vélo ou moto j’ai toujours chuté une fois, donc avec l’âge, on s’améliore !

 L’après voyage est toujours perturbant, il faut  retrouver un rythme plus monotone en solitaire, mais déjà je pense à la suite et aux prochains épisodes.

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 21:31

turquie-4 4939Nous quittons les terrains déchirés du centre de la Cappadoce pour poursuivre encore un peu vers l’Est jusqu’à Kayseri, située au centre de la Turquie, où nous vivrons une rencontre exceptionnelle de plus.  

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 De là, notre regard change de cap. Il nous faut désormais regarder vers l’occident pour doucement retrouver la France.

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 Nous décidons de prendre un bus jusqu’à Denizli car le chemin est encore long jusqu’à la maison et il ne faudrait pas manquer la rentrée ! Largués à 4h30 du matin au bord de la route après une partie de la nuit passée dans le bus, nous continuons à dormir sur des bancs publics, entourés de nos vélos. Les filles n’ont pas de problèmes pour fermer les yeux mais leur mamie, bien plus inquiète qu’elles, est à l’affut du moindre bruit. Le chant du muezzin, les coqs, les chiens, les passants, pour elle, tout est prétexte à rester éveillée. C’est bien, mamie est devenue notre chien de garde ! Tous les matins, elle nous fait le compte-rendu de la nuit : « Vous avez entendu à 4H30 ce matin, toutes les cigales se sont mises à chanter en même temps ? Et vous avez vu le mec passer avec une lampe de poche autour de notre tente, il devait être minuit ? Et vous avez entendu la voiture au milieu de la nuit où le chauffeur  a éteint phares et moteur juste à côté de nous ?….etc, etc ». L’aventure ne se vit pas que le jour, la nuit, il s’en passe des choses !!!

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Ainsi, encore étourdis par une nuit hachurée, nous montons sur nos selles direction Pamukkale. La chaleur harassante donne vite envie aux filles de plonger dans les bassins d’eau chargés en sels minéraux. Cependant, ces eaux thermales ne sont guère rafraichissantes.

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Pour parer aux chaleurs de la mi-journée, nous pédalons de plus en plus tôt le matin mais aussi en fin d’après-midi. A ce moment, le goudron surchauffé, le vent et le soleil qui nous font désormais face, nous assèchent. Nous buvons 7 litres d’eau par jour et par personne. Les filles toujours en activité lorsque nous sommes à l’arrêt, profitent du temps dans la charette pour se reposer et  s’endorment très souvent. Aérées par le vent qui traverse la remorque, elles ne rougissent même pas, malgré les 45°c souvent atteints.

 

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Heureusement, nous trouvons toujours au bord de la route des étals qui présentent des fruits ou légumes juteux tout juste récoltés dans le potager ou le verger d’à côté. Dans cette vallée qui s’étire à l’ouest de Denizli , nous trouvons principalement des productions de pastèques, melons, pêches et figues, mais aussi des tomates, concombres, courgettes, poivrons et aubergines.

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Erkan, un agriculteur consciencieux, nous explique que l’eau puisée dans la nappe phréatique est consommée à outrance pour l’irrigation de ces terres mais que les pires consommateurs d’eau, sont les champs de coton. Il s’insurge aussi de l’état de la rivière qui est polluée par les rejets des teintures des industries textiles environnantes. « Il y a vingt ans, on pêchait des poissons à volonté ici, aujourd’hui, il n’y en a plus un seul ! » Rechigne-t-il. Il semble vouloir faire bouger les choses au sein du conseil municipal dont il fait partie mais la puissance du marketing est un véritable rouleau compresseur. Au bord de la route, s’arrêtent des bus bondés de touristes qui viennent dévaliser les magasins de textiles vendus à bas prix. « L’argent, c’est tout ce qui compte… » Soupire encore Erkan. Nous repartons chargés de deux casquettes du conseil municipal de Denizli et de deux pastèques en plus. « Celles-ci sont bio ! » Nous affirme-t-il.

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Ca y est, à Selçuk, nous retrouvons la mer, que nous avions quittée depuis Antalya. Le temps de visiter la magnifique cité romaine d’Ephèse et nous enfourchons à nouveau nos vélos pour poursuivre notre route vers l’extrême ouest de la Turquie, jusqu’au bout de la péninsule de Cesme. C’est ici que nos roues s’arrêtent de tourner. Nous sommes au bout. Au bout de tout. Au bout de la péninsule, au bout de notre voyage à vélo, au bout de nos efforts, au bout de nos 6 mois d’itinérance. Nos affaires arrivent au bout également. Nos habits, déteints et tachés, ont besoin d’être renouvelés. Nous apprécierons d’évacuer nos matelas gonflables, percés depuis 3 mois, pour retrouver un couchage plus moelleux. Romane et Noémie sont toujours heureuses de faire des pâtés dans le sable et de se rafraichir dans une mer Egée refroidie par les vents. Mais, elles apprécieront sûrement de retrouver leurs jeux, la famille, leur maison. Arnaud serrerait bien dans les mains un wishbone, une raquette ou une corde à la place du guidon !

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Mais, le voyage n’est pas fini. Alors que nous avons mis 6 mois pour passer d’un bout à l’autre de la méditerranée, que nous avons pédalé durant 5350 km à un rythme moyen de 15 km/h et de 44 km par jour, une lente expédition pour retourner vers la France va encore commencer. Bateau, train, bus, tous les moyens seront bons pour revenir lentement vers notre terre natale.

Alors les prochaines nouvelles quand nous serons sur le plancher des vaches !

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 20:56

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Le paysage change radicalement lorsque nous quittons Beysehir. Les forêts de pins laissent la place à des prairies asséchées. La route, qui ne forme plus qu’une longue ligne droite sur notre carte, peut laisser présager d’un parcours ennuyeux. Cependant, le fait de laisser son regard s’évader vers l’horizon en ne butant sur aucun obstacle vertical, de n’avoir à l’oreille que le sifflement du vent et de reproduire inexorablement le même mouvement de jambes, cela nous transporte lentement dans un état semi-conscient. Nous oublions le temps. Nous pouvons facilement laisser notre imagination faire disparaître les véhicules, faire apparaître des caravanes de chameaux et espérer qu’un caravansérail se présente bientôt pour se ravitailler et se reposer. Celui de Sultanhani nous aide à imaginer le passé. Nous avançons sur la route de la soie. Rien que le nom nous projette indubitablement dans une autre époque sur les chemins de l’orient.

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Le vent ne nous laisse aucun répit. Mamie Solange ne se laisse pas dégonflée, elle ouvre la voie pour nous protéger du souffle d’Eole. Nous finissons nos journées harassés. Mais tous les matins, nous avons à nouveau plaisir à pédaler, à se sentir libres. Libres comme l’air.

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Nous dévions de la route principale pour trouver à camper dans des prés. Mais Youssef, le propriétaire du terrain, vient nous demander de changer d’endroit, effrayé par le fait que nous puissions allumer un feu à côté de son champ de blé. Nous n’avons pas le temps d’être contrariés par ce contretemps que déjà il nous propose un nouvel emplacement, près de la mosquée et d’une fontaine. Il avertit ensuite les voisins qui s’empressent de venir nous rencontrer. En quelques minutes une quinzaine d’enfants et d’adultes nous entourent. Certains reviennent avec les bras chargés de victuailles. On nous offrira au cours de la soirée, de la pastèque, des abricots, du pain, des sodas, du gâteau, des frites, des graines de tournesol. Noémie déploie le cerf-volant qu’Arnaud avait un jour décroché d’un arbre. Les plus petits l’accompagnent et testent à leur tour la force du vent. Les filles sont passées sous le filet d’eau froide de la fontaine pour le lavage, la nuit est tombée, il est temps d’aller se coucher. Cependant, une habitante vient devant nos tentes nous convaincre, avec force paroles et gestes, que nous devons la suivre pour dormir et nous laver chez elle. Nous refusons étant donné que notre installation était déjà prête à accueillir nos deux petits loups aux paupières lourdes. Quelques minutes plus tard, alors que je couchais Romane dans la tente, j’entends mamie et Arnaud s’exclamer : « C’est pas possible ! Ils nous apportent une caravane !» Effectivement, le mari de cette femme avenante, aux commandes du tracteur, nous dépose une roulotte aménagée de matelas et d’un poêle. Alors que seules Solange et Noémie commencèrent la nuit dans la caravane, Arnaud, Romane et moi avons vite fait de combler le peu d’espace encore libre de cette roulotte. Le vent déchainé nous empêchait de fermer l’œil sous notre toile de tente. Quelle merveilleuse solution de replis ! Même si nous nous sommes allongés tous les cinq en travers sans pouvoir tendre nos jambes, nous avons au moins pu nous endormir.

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Les jours s’enchaînent avec toujours autant de surprises généreuses à notre égard. Nous avons quelques fois même honte d’installer le doute envers certaines personnes. Ainsi un jour, une voiture s’arrête juste devant nous. Un robuste homme y sort et nous fait signe de stopper. Nous exécutons. Mamie avoue ne pas être rassurée : « Qu’est ce qu’il nous veut, celui-là ? ». Il se dirige à l’arrière de son véhicule pour y attraper des oranges qu’il nous donne par dizaine. Un dernier signe de la main et il repart en nous souhaitant bon voyage.

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 Un autre jour, c’est Ali qui nous épate depuis son tracteur qu’il conduisait jusque chez lui en nous criant : « çay ? çay ?» (Thé ? thé ?). Le simple fait d’accepter sa proposition nous fera alors passer une superbe soirée en compagnie de toute sa famille. Le pain frais qu’il confectionne et cuit lui-même est un délice et un vrai plaisir gustatif pour des cyclistes affamés. Nous tentons de communiquer avec nos quelques mots de turcs et avec des gestes, mais les enfants et les animaux de la ferme sont de très bons vecteurs de communication et simplifient les échanges. Les femmes nous mènent dans leur potager, nous goutons et nommons dans les deux langues les diverses plantations. Il n’y en a qu’un qui n’est vraiment pas content que nous plantions nos tentes dans son  jardin, c’est le chien. A un mètre de nous, il nous cassera les oreilles en aboyant une bonne partie de la nuit, fort mécontent que nous nous installions sur son territoire.

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A la mi-journée, nous quittons la campagne et passons dans une ville de plus de 70000 habitants, Aksaray. En plein centre, dans un jardin public, nous déployons notre tapis de sol pour casse-croûter. Une dame vient s’accroupir à côté de nous. Tout d’abord surpris, nous lui sourions et tentons de comprendre ce qu’elle veut nous dire. Elle se relève et s’en va. Nous haussons les épaules. Soudain, je la vois revenir avec un plateau chargé d’une tranche de pastèque et de Gözleme au fromage. Elle le dépose et s’en retourne chez elle, dans un des appartements qui entourent la place.

C’est certain, la Turquie est un pays d’une hospitalité et d’une générosité surprenante.

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Nous continuons de pédaler sur le plateau anatolien et au milieu des plaines arides. Bien que les filles soient maintenant devenues des championnes de l’improvisation et de la construction de jeux avec trois fois rien, elles sont tout de même contentes de trouver des rochers et des arbres dans les diverses vallées de la Cappadoce. Il est vrai qu’à peine éjectée de la remorque, elles se construisent en général un monde avec ce qui les entoure. Un sol poussiéreux suffit à ce qu’elles imaginent et forment des chambres pour leur poupée ; de simples bâtons se transforment en canne à pêche pour attraper algues et autres branches de la rivière ; deux arbustes rabougris et trois cailloux forment rapidement une excellente cabane.

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Mais la Cappadoce n’est pas seulement un terrain de jeux pour enfants, elle l’est aussi pour les adultes. A plusieurs reprises, le sol se déchire soudainement devant nous et nous dévalons dans les vallées pour remonter ensuite à un autre bout. Les minarets diffusent le chant du muezzin qui résonne sur les falaises. Des trous apparaissent sur leur paroi. Des cavités qui ne sont que la vue extérieure de tout un habitat troglodyte. Des gens vivaient ainsi à l’intérieur de la roche. Des églises, des écoles y étaient creusées. Le fond de la vallée étant réservé aux cultures maraichères et fruitières.

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Tout aussi surprenantes, les cités souterraines byzantines construites parfois sur six ou sept étages sous terre qui servaient de refuge aux habitants chrétiens à l’époque de l’invasion de l’Anatolie par les musulmans.Dans le dédale des tunnels et chambres souterraines, Noémie s'interroge : "Mais pourquoi ils habitaient sous la terre? Pourquoi ils devaient se protéger des méchants? Qu'est-ce qu'ils avaient fait de mal, eux?". Il est parfois difficile de comprendre les conquêtes de territoire et les guerres de civilisations au regard des enfants.

    

A Göreme, nous mettons nos bicyclettes au repos mais pas nos gambettes. Randonner entre les cheminées de fées et autres formes rocheuses originales devient un moment magique. Les couleurs blanches, rosées et jaunâtres du minéral contrastent avec les jardins verdoyants du fond des vallons. Le plaisir s’intensifie à mesure que nous avançons car il suffit simplement, pour combler nos petits creux, de lever les bras pour décrocher des abricots des arbres ou de se courber pour les ramasser plus juteux. Lorsque la fin de journée arrive, nous concoctons joyeusement et collectivement un repas au camping avec nos nouveaux amis. Une famille nantaise que nous avions rencontrée trois mois auparavant en Italie et qui a effectué à peu près le même itinéraire que nous mais, en voiture aménagée.

 

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Nous sommes maintenant à un mois du retour, nous devons envisager d’effectuer un virage à 180° en direction de l’ouest pour lentement retourner vers la France.

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 20:56

L’accueil fut chaleureux pour l’arrivée de Mamie à Antalya : 45°C  et au réveil, des heures d’embrassades lorsque les puces découvrent  qui se cachent dans la nouvelle tente à côté de la nôtre.

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« Bon, les gonzesses, vous êtes prêtes à pédaler par 45°C sur une grosse route avec plein de camions et de bus, le vent de face et un faux plat montant ? » lance Arnaud à la nouvelle troupe.

Pas de quoi faire rêver mais il faut bien sortir de l’agglomération d’un million d’habitants. Mamie Solange survit à la première épreuve grâce à l’ingestion de dizaine de litres d’eau et de coca et aux nombreux arrêts permettant de se rafraîchir. Ainsi, les arroseurs automatiques des gazons ou l’eau fraîche des fontaines sont largement exploités. Il n’est même plus envisageable de compter sur la mer pour baisser la température de nos corps bouillonnants, elle est presque aussi chaude que l’air.

Deuxième épreuve à passer : les bivouacs ! Planter la tente, dormir sur un matelas de 3 cm et manger assis parterre ou sur une pierre, laver la vaisselle au pain ou avec un demi bol d’eau, se laver avec un filet d’eau qui émane du réservoir pliable et de surcroît de nuit, réussir à tout empaqueter le matin et recharger son vélo pour repartir et recommencer le lendemain. Test également réussi avec brio ! Habituée à la vie de nomade et rudimentaire du fait de ses quelques expériences de cyclo-voyageuses et de ses nombreux séjours auprès des Touaregs du Niger, l’adaptation est immédiate.

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Mercredi 20 juin, nous déposons une boîte de loukoums sur le tapis de sol en guise de gâteau d’anniversaire pour fêter les 65 ans de Mamie et trinquons avec des canettes de bière en substitution aux flûtes de champagne !

Arnaud avait beau supplier tous les dieux pour faire plier la « belle-doch » ! Mais rien à faire elle s’accroche ! De 45°C nous passons à 15°C en deux jours, vent de face, averse de pluie, tempête de grêle, orage. Rien n’y fait, elle garde le sourire même pas déçue d’être passée le long du littoral à côté de dizaines de palaces 5 étoiles et de dormir ensuite sur du béton dans un hangar ou derrière une station d'essence !

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Agréable pique-nique au pied des palaces

 

 

Il ne restait plus qu’à affronter la montagne et des cols à 1300m et 1450m d’altitude pour terminer les épreuves. Mais avec un chargement inférieur aux nôtres, elle suit toujours.

En plus, elle nous suppléée dans la garde des enfants, leur raconte des histoires, leur chante des chansons, etc. Bref, elle tient bien son rôle de mamie. Alors, l’aventure à 3 générations, c’est du bonheur pour toute la famille.

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A l'arrivée d'un des cols

 

Ayant quittés la côte méditerranéenne pour entrer à l’intérieur des terres, nous rencontrons dans les montagnes plus d’authenticité. Nous savourons ces instants de rencontres avec la population. Toujours prête à échanger un sourire, un salut, quelques mots ou un geste de générosité envers nous. Lors d’une pause à l’arrivée d’un col, un monsieur nous offre les achats qu’il venait de faire dans une fabrique de noisettes. Salées, pelées ou en crème, nous dégusterons ces victuailles avec une pensée émue pour cet homme qui ne savait plus quoi trouver dans son véhicule pour nous faire plaisir. Il voulait même offrir une couverture aux petites car l’air s’était nettement rafraichi après l’orage.

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Plus nous grimpons, plus le paysage s’embellit. A cela s’ajoute encore le fait que nous ayons quitté la route principale au trafic intense qui relie Antalya à Konya, pour rouler avec une circulation quasi nulle sur une route secondaire qui mène au lac Beysehir.

Arnaud me rappelle que la dernière fois que nous avions roulé sur une route déserte, celle -ci était barrée à un moment donnée. Cette fois-ci, elle est en réfection sur la moitié de sa longueur et nous aurons suffisamment de graviers pour tester la robustesse de nos pneumatiques.

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 De l’eau, il nous faut sans cesse la dénicher, la transporter, parfois la purifier. Occasionnellement nous sommes obligés d’atteindre des villages pour la trouver. Cela permet de rentrer en contact avec les habitants. Tous les jours, nous apprenons un peu plus de mots turcs. Cependant, nous trouvons souvent dans ces villages, des hommes retraités qui ont travaillés plusieurs années en Allemagne ou en Autriche. L’opportunité de pouvoir approfondir la conversation, en allemand par conséquence, devient un plaisir mutuel. Nous apprenons ainsi que cet hiver, à l’endroit même où nous campons, 3 mètres de neige recouvraient le sol.

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Les paysages de montagnes boisées de résineux qui diffusent leur agréable odeur nous ravissent. La région peu peuplée et nos campements sauvages nous laissent apprécier un doux silence lors d’agréables soirées, quelques fois agrémentées d’un petit feu. Nous dormons à nouveau dans nos sacs de couchage, heureux de ne plus subir la chaleur suffocante que nous avions sur la côte et qui mettait en péril notre aventure.

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Après une sympathique descente cheveux au vent, l’étendue bleue du lac Beysehir se dévoile. Bel endroit paisible pour apprécier une pause d’une journée après 9 jours d'itinérance , faire un décrassage complet de nos vêtements et de nous-mêmes et recharger nos batteries au sens propre et figuré!

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 22:17

Nous souhaitons à tous nos élèves bonne chance pour leurs examens du Bac, CAP ou BEP!

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 21:00

 

Marmaris, première ville de Turquie où nous posons pied. Acapulco, St-Tropez, c’est du pareil au même. Des étrangers venus consommer de l’alcool, des menus occidentalisés, du soleil et plus encore. Les prix facilement doublés s’affichent même en dollars et on y trouve plus de bikini que de femmes voilées. Les enceintes hurlent à fermer le bec de tous les oiseaux des environs pour faire bouger des corps rougis par le soleil brulant. Elle est pourtant si belle cette baie, mais nous fuyons.

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Cap vers l’Est. Une succession de sites majestueux s’offrent à nous. Des lieux où le silence permet encore d’écouter la nature et de l’admirer intacte. Ainsi, le lac Köycegiz nous saisit. Sa limpidité laisse le reflet des montagnes se dessiner tout autour. Nous pénétrons dans ses eaux avec délicatesse, une réelle caresse sur la peau au crépuscule. La pleine lune éclaire notre tente et laisse entrevoir les feuilles des eucalyptus virevolter. Le coucou se tait, les poules cessent de glousser et les canards de batifoler épuisés par les courses poursuites occasionnées par nos deux petits monstres. Tout ce monde s’endort en même temps. Sauf les moustiques qui font encore Bzzzz!

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La température nous éjecte vite de notre tente le matin. Le thermomètre dépasse les 30°C à l’ombre. Nous nous gavons de fruits juteux et de toutes sortes de cucurbitacées pour répondre à nos besoins hydriques. Les filles adorent chiper les fruits du mûrier blanc, (les feuilles de cet arbre servent de nourriture aux vers à soie) et terminent maquillées de jus violacé. L’eau tiédit dans nos bouteilles. Nous sommes en recherche permanente d’eau pour boire et nous rafraîchir. Nous bénissons ainsi les fontaines que nous trouvons au bord des routes à l’issue d’une longue et pénible ascension. Nous jubilons à la vue d’une rivière ou d’une plage lorsque nous cherchons un lieu pour une pause. Un simple tuyau d’arrosage peut même devenir la clef du bonheur. Nos arrêts sont salvateurs grâce à l’ombre des grandes forêts de pins mais sur la route, la donne change. Nous subissons de plein fouet les rayons du soleil et en plus, sommes victimes de la terrible inclinaison des routes, ce qui laisse davantage le temps à l’astre ravageur de nous assécher dans les montées.

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Goûter devant le cabanon où nous allons passer le nuit

  

Notre record : 3 km, 1h15 de montée : l’enfer ! Nous ne pouvons plus pédaler, nous poussons. Arnaud, malgré toute sa volonté, glisse sur les gravillons. Nous avançons centimètre par centimètre, découvrant en haut du col qu’un autre nous attend plus loin. Les bulles du goudron surchauffé claquent sous le passage de nos roues. Nous commençons à envier les chauffeurs des véhicules climatisés qui n’ont qu’un coup de pédale à donner  pour arriver en haut de la côte alors que nous devons en faire des milliers pour arriver au même point. Soudain, des chevaux dévalent d’un chemin en contre-haut sur notre route, un retardataire se fait happer par une première voiture et taper par une seconde. Il meurt sous nos yeux. Finalement, nous haïssons les chauffeurs des voitures climatisées !

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A l’arrivée d’une côte, je vois Arnaud visage et casquette dégoulinants, je lui lance : « Je croyais qu’on est juste en eau,  tu n’aurais pas du t’en verser sur la tête! », il me répond : « Je n’ai rien versé sur moi, c’est ma transpiration ! ». Et les filles ? Elles bénéficient du vent vitesse et sans effort, elles ne surchauffent pas comme nous. Nous sommes bien entendus très attentifs à leur égard, d’autant plus que l’été ne fait que commencer.

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 Un matin, nous quittons la mer et grimpons pendant 12 km avant de faire une pause. « Tu crois que ça va encore monter ? » me demande Arnaud, « Si ça continue encore, on va atteindre le paradis ! » lui répondis-je. Il nous faudra encore fournir 6 kilomètres d’effort pour arriver au final dans un petit paradis pour cyclistes. Une petite cabane perchée sous un énorme chêne, un monsieur qui nous offre le thé, un autre qui offre des bonbons aux filles et puis un troisième, inattendu, qui vient faire un reportage sur nous. Après l’arabe, l’espagnol, l’italien, le grec, le turc, l’anglais, me voici en train de chercher au fond de ma cervelle déjà en ébullition, mes phrases en allemand. Ce journaliste local parle allemand et désire nous filmer et nous photographier pour un passage à la télé et dans le journal. Comme pour contredire nos dires, dans la remorque, les chipies s’adonnent à des tirages de cheveux et à un concours de cris devant la caméra !

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Nous avons également profité de routes serpentant à quelques mètres au-dessus de la mer, nous délectant de la brise et des vues plongeantes sur des criques aux eaux turquoise.

Il y aura comme ceci plusieurs petits paradis sur lesquels nous tombons par hasard et qui se présentent à nous comme une belle récompense des efforts fournis au préalable. Le campement à l’ombre des pins, au pied du Mont Tahtali (2375 m), à la jonction entre une petite rivière et une baie mêlant eau douce et eau salée, n’a d’égal. L’atmosphère zen qui se dégage de ce lieu nous inspire. Des arbres tortueux deviennent partenaires de danse ; des cailloux, supports à dessin. Le milieu aquatique est exploré par toute la famille. Poissons colorés, crabes, coquillages, etc, tout est inventorié. Noémie n’hésite pas à plonger la tête sous l’eau pour admirer les fonds sous-marins et Romane se lance seule avec ses brassards vers le large. Pour ajouter à cet endroit un peu plus de frissons, il suffit d’admirer en face de la baie les ruines de Phasélis et d’imaginer l’histoire de cette cité il y a plus de 2300 ans qui prospéra grâce à l’exportation de bois et d’essence de rose et de biens d’autres parfums.

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Cependant, nous avançons pour joindre Antalya. Point de rendez-vous avec ma maman qui viendra nous accompagner à vélo à partir du 17 juin pour la suite du voyage. Les filles sont impatientes de retrouver leur mamie et préparent déjà des plans de répartition de couchage sous les tentes : « Nous, on dormira avec mamie dans une tente et vous dans l’autre tente ! »…Bonne idée les enfants !

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Copine d'un instant

 

Nous n’avons pas énuméré nos rencontres dans ce mini-résumé. D’ailleurs nous ne pouvons détailler notre voyage en quelques lignes car chacune des journées est si différente et si intense. Mais depuis notre arrivée en Turquie, il ne s’est pas passé un jour sans que nous n’ayons bénéficié d’un geste de générosité envers nous. On nous offre de la nourriture, du thé, une pièce pour dormir. On prête des jouets à nos enfants. Cela provient des turcs eux-mêmes mais également d’expatriés ou d’autres voyageurs.

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            Les filles ne manquent pas une miette de la fabrication des Gözleme (sorte de crèpes fourrées qui cuisent sur une plaque en fer chauffée au feu de bois)

  

Comment allons-nous désormais vivre l’aventure à 3  générations ? La suite au prochain épisode…

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 15:59

Il fait noir nuit lorsque le bateau nous débarque au port de Kissamos en Crète. Les quelques conducteurs se signent en descendant leur véhicule du navire. Nous ne savons pas encore où dormir.  Il est 23 heures. Tout le monde a sommeil. L’ambiance est un peu tendue. Pas question de pédaler plusieurs kilomètres de nuit. La décision est vite prise. Le parvis de l’église à 200 m du débarcadère sera l’endroit plat idéal pour poser notre tente. En 10 minutes tout est installé : tente montée, matelas gonflés, sacs de couchages déroulés et les deux choupettes sont déjà dans les bras de Morphée ! Ni les cloches qui sonnent tous les quarts d’heures, ni le vacarme des vagues qui déferlent sur les rochers ne nous réveilleront.

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                                                                          Côte nord de la Crète

La religion orthodoxe est omniprésente en Grèce. Sur notre chemin, il y a toujours un petit autel, une chapelle, une église, qui rappellent la ferveur du peuple envers son Dieu. Nous composons alors avec elle lors de nos bivouacs et trouvons devant les églises le seul endroit accueillant pour poser notre tente vu la configuration très escarpée de l’île et qui, de surcroît, possède toujours un point d’eau.

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Dans un premier temps, nous longeons la côte nord. Surpris et très vite lassés par l’abondance des infrastructures liées au tourisme de plage et par le nombre d’étrangers venus 8 jours se faire roussir la peau.

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                                                                                     Chania

 Nous décidons de la quitter pour aller à la rencontre des habitants dans les petits villages de montagne. Par chance, il existe une nouvelle route qui ne figure même pas sur notre carte, aplatie et élargie, elle a complètement annulée le trafic de l’ancienne voie, bien plus tortueuse et étroite. Notre but n’est pas d’aller au plus vite d’un point à un autre, mais plutôt de trouver dans un trajet la plus grande richesse possible. Pour cela, il va falloir grimper sur les flans des montagnes, suer en plein cagnard, peiner dans les raideurs, sursauter sur le bitume mal entretenu. Mais là où le touriste s’arrête, le voyage commence.

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                                                                Vue sur Héraklion en contre-bas

Ainsi, nous obtiendrons des œufs ou du lait frais de chèvre de nos voisins d’un soir. Nous nous délecterons des oranges, des olives, de la table et des chaises aimablement apportés par un habitant pour que nous nous reposions à l’ombre, un midi. Les tenanciers des « mini-markets » gâteront souvent nos filles de bonbons ou de barres chocolatées.

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                                                                   Lavage de nuit avec la bassine pliable

 De même, comme nous avons été touchés par certaines rencontres, les vétérans du petit village de Damasta ne sont pas prêts d’oublier notre passage. Les hommes grisonnants jouant aux cartes au petit bar nous ont épiés longuement, interloqués par nos montures que nous poussions dans les ruelles. Une vieille dame est restée durant notre installation et notre repas derrière sa fenêtre à nous observer. Et que dire des deux doyennes qui nous invitent le matin à boire un café et qui s’efforcent de parler lentement pour que nous les comprenions, mais en vain. Nous montrons sur une carte la France en nous désignant pour leur expliquer que nous sommes français et puis en tournant les poings, nous indiquons les pays que nous avons parcourus à vélo. Elles s’esclaffent de notre aventure familiale et continuent à nous parler en grec avec une manière touchante de s’appliquer pour tenter de communiquer avec nous. Après des accolades, nous les quittons en leur disant « efcharisto » pour le café. Il est vrai que nos rencontres sont davantage des personnes âgées au grand regret de Noémie qui préfèrerait des enfants avec qui jouer. Cependant, nous n’en croisons guère. Les villages de montagne se font sûrement vieillissants et les enfants sont davantage dans les villes.

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 Le silence règne. Seul, un marchand ambulant  crie dans son haut-parleur pour vendre des légumes. Nous laissons les couleurs vives des bougainvilliers, géraniums, rhododendrons et ibiscus qui agrémentent les maisons pour retrouver autour de la route un paysage quadrillé par une végétation unicolore. Ainsi, le vert des rangées d’oliviers alterne avec le vert des jeunes vignes.

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                                                                                   Côté sud

Nos corps réclament maintenant du repos. Nous sommes fatigués. Le compteur affiche plus de 3200 km et cela fait un peu plus de 3 mois que nous sommes en vadrouille. Nous faisons alors une pause de 3 jours sur la côte sud, à Koutsounari, dans un camping d’une centaine d’emplacement. Nous partageons les lieux avec seulement un couple d’autrichiens. La mer et la piscine juste pour nous. Mais le vent frais qui balaye la côte depuis quelques jours estompe nos envies de se baigner. Durant cette pause,  nous aimerions faire la grasse matinée, mais les oiseaux sont toujours là pour entamer leur concert dès l’aurore. Si par hasard, nous ne les entendions pas, Romane s’appliquera alors à les relayer ! C’est évident, à 4 sous la tente, il faut savoir cohabiter. Il faut également constamment prendre les décisions, en mettant sur la balance, les envies de 4 personnes. Nous faisons forcément des concessions pour nos enfants et passons par exemple à côté des vestiges de la civilisation des minoens à Knossos  sans s’arrêter pour privilégier la pause près d’une balançoire.

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Nous traversons à nouveau l’île dans sa partie ouest cette fois, en remontant vers le Nord pour rejoindre le port de Sitia. La route sinueuse nous laisse le temps d’admirer un paysage rocailleux, assez aride mais qui laisse toujours la place aux oliviers. Nous sommes d’ailleurs surpris de toujours voir de petits tuyaux noirs irriguer chaque tronc. Nous apprenons que la nappe phréatique sous l’île est déjà quasi vide et que les insulaires puisent maintenant leur eau dans la nappe sous-marine.

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                                                                              Euh...On va où?

Pour nos derniers instants en Crète, nous savourons des « mezze », de petits encas typiques constitués de produits du terroir : tomates, concombres, olives, pain croustillant, feta, feuilles de vignes farcies, etc. Les petits bateaux de pêche colorés s’enflamment au coucher du soleil, une douce musique traditionnelle nous envoûte, nous sommes conquis.

     

 

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                                                                 Crique sur l'île de Rhodes

Nous poursuivons notre chemin vers l’Est. L’île de Rhodes est notre prochaine escale.

Nous débarquons penauds, petites fourmis à roulettes parmi des milliers de fourmis sortant du ventre des bateaux de croisières, des yachts et des avions. Vêtus de blancs, petites chaussures dorés, décolletés, ongles vernis et peau parfumée, nous dénotons avec nos guenilles que l'on porte depuis 3 mois et nos grossières sandales! Peu importe, on visitera ce qu'il y a de beau au niveau de la vieille ville et de la nature. Mais une telle infrastructure touristique sur l'île nous laisse perplexes quant à son impact écologique.

Demain, nous disons "adio" à Rhodes et à la Grèce pour rejoindre la Turquie par le petit bout de mer qui les sépare.

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                                                 Notre parcours jusqu'à présent (grossièrement tracé)

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 21:58

Grece 3295A l’horizon, les montagnes grecques se dessinent sur la mer scintillante. Le Péloponnèse, encore enneigé à ses sommets, est pourtant déjà bien chaud lorsque nous posons nos roues sur le bitume du port de Patras. La nature s’est revêtue de ses plus beaux apparats pour nous accueillir. Un arc en ciel de couleur nous fait la haie d’honneur dès les premiers kilomètres. Ainsi, coquelicots, oranges, citrons, roses, acacias et glycines se succèdent au bord de notre route en dégageant, au gré de notre passage, leur parfum suave et délicat.

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Noémie saute de joie à l’idée de se mettre en maillot de bain. Le soleil brille mais la mer reste néanmoins froide. La tentation est grande. L’étendue limpide et salée nous attend !

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Nous sommes cependant nettement bien moins accueillis par les canidés grecs ! Il y en a toujours un pour venir nous surprendre au coin d’une maison ou derrière un arbre. Parfois, ils nous attendent à plusieurs au bout du chemin. Arnaud s’équipe d’un bâton pour ne pas qu’ils s’approchent trop près de nous. On imagine, qu’en ce temps de crise, un bon petit mollet leur ferait bien plaisir. Chaque maison est gardée par un chien. Leur nombre et taille varient en fonction de la propriété. Plus celle-ci est isolée, plus leur nombre est grand. De sûr, nous ne planterons pas la tente sur le gazon des habitants! De quoi se protègent-ils ? Un sentiment d’insécurité semble régner dans la région et nous ressentons ce malaise lorsque nous cherchons à camper le soir. Alors que le bord de mer semble propice pour notre bivouac de ce soir, je demande tout de même pour me rassurer, à un couple qui se promenait par là, si l’endroit est tranquille et ils me répondent qu’il y a beaucoup d’immigrés dans la région, notamment des somaliens et des pakistanais, qui ont tendance à voler et qu’il faut que nous fassions attention.

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Le lendemain, alors que je fais des courses, un somalien interpelle Arnaud en lui conseillant de ne pas laisser son vélo tout seul car il y a des roumains qui pourraient nous le voler ! Ils semblent tous se méfier les uns des autres et se jettent la pierre. La peur de l'autre renferme les gens sur eux-même. Un marocain, ravi de parler français avec Arnaud, lui explique alors qu’ils sont sans travail depuis la crise. Lui-même travaillait dans les champs de fraises et a perdu son emploi. Il vivote loin de son pays natal et explique que des amis à lui sont dans le même cas en Espagne. Ils étaient tous partis de leur pays à une époque où l’euro faisait rêver. A l’issue de la conversation, il demandera gentiment une pièce pour pouvoir manger. Nous offrons au somalien, au roumain et au marocain assis sur le même banc, trois barres de céréales qu’ils dévorent tout de suite en nous remerciant vivement. Ainsi, des paysans ont voulu protéger par des chiens, leurs cultures, leurs potagers et leurs poulaillers, de ses êtres humains qui, à la recherche de nourriture, auraient pu les piller et cette peur aurait envahi tous les habitants de la région.

 

Ce midi, nous nous octroyons une pause sur une plage déserte. Alors que les petites creusent le sable pour construire leur château, je perçois sur l’eau quelque chose d’étrange. Ce n’est pas un objet qui flotte car ça se meut. Ca n’a pas une forme humaine, mais pourtant on dirait une tête et des membres qui sortent de temps en temps de l’eau. Qu’est ce que ça peut bien être ? On dirait un animal mais qui peine à nager. C’est peut-être une tortue prise dans un filet de pêche ! Je lance immédiatement à Arnaud :« Va la sauver ! » Voici mon tarzan qui s’élance vers la chose non identifiée en nageant et soudain, on découvre enfin, à quelques mètres de nous, l’étrange forme vivante : ce sont deux tortues qui s’accouplent et qui se laissent dériver par les courants marins. Quel moment magique ! On les observe sans bouger. D’un coup, l’une prend le large et l’autre nage vers le rivage puis vers nous, juste à un mètre de nos jambes. C’est magnifique ! Quel cadeau !

 

En avance de quelques jours pour voir s’allumer la flamme olympique, nous grimpons tout de même à Olympie et vibrons dans l’enceinte du stadium en imaginant l’ambiance, il y a plus de 2000 ans, lorsque les coureurs franchissaient la ligne d’arrivée. Notre petite athlète relève le défi et termine la course la langue pendue !

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Dans une côte, en fin de matinée, un monsieur grisonnant nous dépasse et nous salue depuis sa mobylette. Puis, il s’arrête et avec quelques mots d’allemand, nous invite à boire du lait. Nous grimpons le chemin qui nous mène chez lui. Un amas de bric et de broc et une caravane parmi les oliviers. Il nous conduit tous les quatre jusqu’à sa chèvre pour finalement la traire et nous offrir son lait. Puis, il nous presse des oranges de son verger, nous apporte une gamelle remplie d’olives noires et de l’huile d’olive. Nous déjeunerons avec lui au son du bouzouki qu’il fait vibrer avec brio.

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Nous pédalons parmi les oliviers, nous reposons au bord de la mer, goûtons à certaines occasions aux moussaka, pita et feta et découvrons les petits villages du sud du Péloponnèse avec enchantement. Les chiens ont cédé la place aux serpents. Nous en découvrons des dizaines par jour, écrasés sur la route. Pouvons-nous encore laisser les filles jouer entre les pierres et hautes herbes? Nous hésitons.

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Dimanche 6 mai. Ce soir, la télévision du petit restaurant où nous dinons affiche les résultats des élections législatives du pays. Les grecs mettent beaucoup d’espoir sur leur nouveau gouvernement. Soudain, un petit encadré nous permet de découvrir notre nouveau président français. Un homme nous confie que la Grèce et toute l’Europe attendent maintenant beaucoup du président Hollande.

 

Lorsque nous campons en sauvage, nous devons nous charger de suffisamment d’eau pour nous rincer tous les quatre (surtout après avoir fait trempette dans l’eau de mer), pour cuisiner, laver les gamelles et pour boire avant le prochain ravitaillement. Notre réservoir de 10 L ainsi que les 4 bouteilles accrochées à nos vélos suffisent alors tout juste pour ces besoins. Les filles apprennent à ne pas gaspiller. Pour la lessive, nous attendrons un camping ou bien une fontaine.

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Ce matin, nous grimpons une ultime fois depuis le niveau de la mer jusqu’à 450 m d’altitude. La chaleur nous fait fortement transpirer. La visière de la casquette d’Arnaud laisse même tomber des gouttes de sueur. Les charmantes maisons en pierre agrémentée de pergola de vignes nous laissent deviner l’importance de l’ombre recherchée par les habitants.

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Après une magnifique route en balcon, nous trouverons au pied de l’église d’un tout petit village perché sur la montagne, l’emplacement idéal pour poser notre tente. D'ailleurs, c'est la seule parcelle horizontale dans cette zone montagneuse. Une fontaine d’eau potable à côté, des amandes qui jonchent le sol à casser et un âne à caresser. Voici de quoi bien occuper la soirée. Dommage que nos mots de grecs se limitent aux formules de politesse, nous aurions aimé échanger plus qu’un sourire avec nos voisins d’un soir.

 

Demain, le bateau nous attend au port de Githio. Il nous conduira jusqu’en Crète.

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