voyages d'aventure au plus près de la nature. Itinérance à pied, à vélo, en tandem...avec des enfants
Marmaris, première ville de Turquie où nous posons pied. Acapulco, St-Tropez, c’est du pareil au même. Des étrangers venus consommer de l’alcool, des menus occidentalisés, du soleil et plus encore. Les prix facilement doublés s’affichent même en dollars et on y trouve plus de bikini que de femmes voilées. Les enceintes hurlent à fermer le bec de tous les oiseaux des environs pour faire bouger des corps rougis par le soleil brulant. Elle est pourtant si belle cette baie, mais nous fuyons.
Cap vers l’Est. Une succession de sites majestueux s’offrent à nous. Des lieux où le silence permet encore d’écouter la nature et de l’admirer intacte. Ainsi, le lac Köycegiz nous saisit. Sa limpidité laisse le reflet des montagnes se dessiner tout autour. Nous pénétrons dans ses eaux avec délicatesse, une réelle caresse sur la peau au crépuscule. La pleine lune éclaire notre tente et laisse entrevoir les feuilles des eucalyptus virevolter. Le coucou se tait, les poules cessent de glousser et les canards de batifoler épuisés par les courses poursuites occasionnées par nos deux petits monstres. Tout ce monde s’endort en même temps. Sauf les moustiques qui font encore Bzzzz!
La température nous éjecte vite de notre tente le matin. Le thermomètre dépasse les 30°C à l’ombre. Nous nous gavons de fruits juteux et de toutes sortes de cucurbitacées pour répondre à nos besoins hydriques. Les filles adorent chiper les fruits du mûrier blanc, (les feuilles de cet arbre servent de nourriture aux vers à soie) et terminent maquillées de jus violacé. L’eau tiédit dans nos bouteilles. Nous sommes en recherche permanente d’eau pour boire et nous rafraîchir. Nous bénissons ainsi les fontaines que nous trouvons au bord des routes à l’issue d’une longue et pénible ascension. Nous jubilons à la vue d’une rivière ou d’une plage lorsque nous cherchons un lieu pour une pause. Un simple tuyau d’arrosage peut même devenir la clef du bonheur. Nos arrêts sont salvateurs grâce à l’ombre des grandes forêts de pins mais sur la route, la donne change. Nous subissons de plein fouet les rayons du soleil et en plus, sommes victimes de la terrible inclinaison des routes, ce qui laisse davantage le temps à l’astre ravageur de nous assécher dans les montées.
Goûter devant le cabanon où nous allons passer le nuit
Notre record : 3 km, 1h15 de montée : l’enfer ! Nous ne pouvons plus pédaler, nous poussons. Arnaud, malgré toute sa volonté, glisse sur les gravillons. Nous avançons centimètre par centimètre, découvrant en haut du col qu’un autre nous attend plus loin. Les bulles du goudron surchauffé claquent sous le passage de nos roues. Nous commençons à envier les chauffeurs des véhicules climatisés qui n’ont qu’un coup de pédale à donner pour arriver en haut de la côte alors que nous devons en faire des milliers pour arriver au même point. Soudain, des chevaux dévalent d’un chemin en contre-haut sur notre route, un retardataire se fait happer par une première voiture et taper par une seconde. Il meurt sous nos yeux. Finalement, nous haïssons les chauffeurs des voitures climatisées !
A l’arrivée d’une côte, je vois Arnaud visage et casquette dégoulinants, je lui lance : « Je croyais qu’on est juste en eau, tu n’aurais pas du t’en verser sur la tête! », il me répond : « Je n’ai rien versé sur moi, c’est ma transpiration ! ». Et les filles ? Elles bénéficient du vent vitesse et sans effort, elles ne surchauffent pas comme nous. Nous sommes bien entendus très attentifs à leur égard, d’autant plus que l’été ne fait que commencer.
Un matin, nous quittons la mer et grimpons pendant 12 km avant de faire une pause. « Tu crois que ça va encore monter ? » me demande Arnaud, « Si ça continue encore, on va atteindre le paradis ! » lui répondis-je. Il nous faudra encore fournir 6 kilomètres d’effort pour arriver au final dans un petit paradis pour cyclistes. Une petite cabane perchée sous un énorme chêne, un monsieur qui nous offre le thé, un autre qui offre des bonbons aux filles et puis un troisième, inattendu, qui vient faire un reportage sur nous. Après l’arabe, l’espagnol, l’italien, le grec, le turc, l’anglais, me voici en train de chercher au fond de ma cervelle déjà en ébullition, mes phrases en allemand. Ce journaliste local parle allemand et désire nous filmer et nous photographier pour un passage à la télé et dans le journal. Comme pour contredire nos dires, dans la remorque, les chipies s’adonnent à des tirages de cheveux et à un concours de cris devant la caméra !
Nous avons également profité de routes serpentant à quelques mètres au-dessus de la mer, nous délectant de la brise et des vues plongeantes sur des criques aux eaux turquoise.
Il y aura comme ceci plusieurs petits paradis sur lesquels nous tombons par hasard et qui se présentent à nous comme une belle récompense des efforts fournis au préalable. Le campement à l’ombre des pins, au pied du Mont Tahtali (2375 m), à la jonction entre une petite rivière et une baie mêlant eau douce et eau salée, n’a d’égal. L’atmosphère zen qui se dégage de ce lieu nous inspire. Des arbres tortueux deviennent partenaires de danse ; des cailloux, supports à dessin. Le milieu aquatique est exploré par toute la famille. Poissons colorés, crabes, coquillages, etc, tout est inventorié. Noémie n’hésite pas à plonger la tête sous l’eau pour admirer les fonds sous-marins et Romane se lance seule avec ses brassards vers le large. Pour ajouter à cet endroit un peu plus de frissons, il suffit d’admirer en face de la baie les ruines de Phasélis et d’imaginer l’histoire de cette cité il y a plus de 2300 ans qui prospéra grâce à l’exportation de bois et d’essence de rose et de biens d’autres parfums.
Cependant, nous avançons pour joindre Antalya. Point de rendez-vous avec ma maman qui viendra nous accompagner à vélo à partir du 17 juin pour la suite du voyage. Les filles sont impatientes de retrouver leur mamie et préparent déjà des plans de répartition de couchage sous les tentes : « Nous, on dormira avec mamie dans une tente et vous dans l’autre tente ! »…Bonne idée les enfants !
Copine d'un instant
Nous n’avons pas énuméré nos rencontres dans ce mini-résumé. D’ailleurs nous ne pouvons détailler notre voyage en quelques lignes car chacune des journées est si différente et si intense. Mais depuis notre arrivée en Turquie, il ne s’est pas passé un jour sans que nous n’ayons bénéficié d’un geste de générosité envers nous. On nous offre de la nourriture, du thé, une pièce pour dormir. On prête des jouets à nos enfants. Cela provient des turcs eux-mêmes mais également d’expatriés ou d’autres voyageurs.
Les filles ne manquent pas une miette de la fabrication des Gözleme (sorte de crèpes fourrées qui cuisent sur une plaque en fer chauffée au feu de bois)
Comment allons-nous désormais vivre l’aventure à 3 générations ? La suite au prochain épisode…